Un casier judiciaire peut-il vous coûter votre emploi?
Au Québec, la Charte des droits et libertés de la personne offre une protection contre le congédiement ou le refus d'embauche fondé sur le seul fait d'avoir des antécédents judiciaires, lorsque l'infraction n'a aucun lien avec l'emploi ou lorsqu'un pardon a été obtenu. Cette protection comporte toutefois des limites importantes, et certains secteurs appliquent des vérifications renforcées. Comprendre ces règles — et les options pour limiter ou faire disparaître les effets d'un casier — fait partie d'une défense bien pensée dès le départ.
Pour la plupart des gens, la conséquence la plus durable d'un dossier criminel n'est ni l'amende ni la probation : c'est le casier judiciaire, et la peur de le voir surgir lors d'une entrevue d'embauche ou d'une vérification de routine. Voici ce que dit le droit québécois, ce que voient réellement les employeurs, et ce qu'il est possible de faire.
Ce que la Charte québécoise protège
La Charte des droits et libertés de la personne du Québec prévoit qu'on ne peut refuser d'embaucher une personne, la congédier ou la pénaliser du seul fait qu'elle a été déclarée coupable d'une infraction, si cette infraction n'a aucun lien avec l'emploi ou si la personne a obtenu un pardon. Autrement dit : ce n'est pas le casier en soi qui peut justifier une décision d'emploi, mais le lien entre l'infraction et les fonctions occupées.
Ce « lien avec l'emploi » s'apprécie au cas par cas : une infraction de conduite peut être pertinente pour un chauffeur professionnel, une infraction de fraude pour un poste avec responsabilités financières, alors que la même infraction pourrait être sans lien avec un autre poste. Chaque situation s'évalue selon ses circonstances propres, et cette protection ne couvre pas toutes les situations — notamment certains emplois encadrés par des lois particulières.
Les vérifications d'antécédents : qui voit quoi?
Les vérifications courantes effectuées pour un employeur ne montrent pas toutes la même chose : leur portée varie selon le type de vérification demandé et le consentement donné. Les postes auprès de personnes vulnérables (enfants, aînés) font l'objet de vérifications renforcées, tout comme certains secteurs réglementés — finance, sécurité, transport, ordres professionnels. Un point souvent méconnu : une absolution cesse d'apparaître aux vérifications courantes après une période limitée, et une suspension du casier retire la condamnation des vérifications habituelles. La nature exacte de ce qui demeure visible, et pour qui, comporte des nuances techniques qu'un avocat peut vous expliquer selon votre situation.
Limiter les dégâts dès le dossier criminel
La meilleure protection de votre emploi commence pendant le dossier criminel, pas après. Selon les circonstances, des issues qui évitent la condamnation peuvent être recherchées — comme l'absolution conditionnelle ou inconditionnelle ou, dans certains contextes, l'engagement 810. Les conséquences professionnelles concrètes d'une condamnation (perte de permis professionnel, exigences d'un ordre, déplacements requis par l'emploi) font d'ailleurs partie des éléments qu'un avocat met en preuve lors des observations sur la peine.
Tourner la page : la suspension du casier
Pour les condamnations passées, la suspension du casier (pardon) demeure la démarche principale : après les délais applicables et sous réserve des conditions prévues, elle retire la condamnation des vérifications courantes — et déclenche du même coup la protection de la Charte québécoise mentionnée plus haut. Rappelons aussi que le casier peut avoir des effets au-delà de l'emploi, notamment sur les voyages aux États-Unis, qui obéissent aux règles américaines.
Si vous êtes en poste et qu'une accusation survient
Une accusation n'est pas une déclaration de culpabilité : la présomption d'innocence s'applique. Les obligations de divulgation à l'employeur varient selon le contrat, le poste et le secteur — c'est une question à évaluer avec votre avocat avant d'agir. Évitez les décisions précipitées (démission, aveux à l'employeur, publications sur les réseaux sociaux) : notre article sur les erreurs à éviter face à une accusation criminelle en traite plus largement.
Pourquoi consulter un avocat criminaliste rapidement
Protéger son emploi, c'est souvent une question de séquence : rechercher la bonne issue au dossier criminel, documenter les conséquences professionnelles au bon moment, puis entreprendre les démarches de suspension du casier quand les délais le permettent. Plus un avocat criminaliste est consulté tôt, plus ces options restent ouvertes — et plus vous prenez vos décisions d'emploi avec l'heure juste.
Ce texte est de l'information juridique générale et ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : consultez un avocat pour votre dossier.