Les erreurs à éviter lorsqu'on fait face à une accusation criminelle au Québec
Faire l'objet d'une accusation criminelle bouleverse les priorités : on veut se défendre, s'expliquer, régler la situation au plus vite. C'est souvent dans cet empressement que se glissent les gestes qui compliquent un dossier plutôt que de l'aider. Voici les erreurs les plus fréquentes observées chez les personnes accusées au Québec, et pourquoi chacune d'elles peut jouer contre vous.
Parler à la police sans avoir consulté un avocat d'abord
Une fois une accusation en jeu, la tentation de « s'expliquer » à la police ou de corriger ce qu'on croit être un malentendu reste forte. Le droit de garder le silence existe précisément parce que tout ce que vous dites peut être noté, retenu et utilisé contre vous plus tard, même si votre intention était de vous disculper. Le droit de consulter un avocat avant de répondre aux questions de la police est garanti par l'article 10b) de la Charte canadienne des droits et libertés, et il s'applique dès qu'une détention ou une arrestation a lieu.
Répondre spontanément, sans avoir d'abord pris conseil, peut figer une version des faits avant même que vous ayez eu le temps de comprendre ce qui vous est reproché. Notre FAQ sur quoi faire si la police veut vous interroger détaille comment répondre à une demande d'entretien sans nuire à votre dossier.
Contacter la personne plaignante ou la victime
Vouloir présenter ses excuses, donner sa version ou simplement « régler ça entre adultes » est une réaction humaine, mais c'est aussi l'une des erreurs les plus risquées après une accusation, particulièrement dans un dossier de nature conjugale ou de voies de fait. Reprendre contact peut être interprété comme de l'intimidation ou une tentative d'influencer un témoin, même si aucune menace n'est formulée, et peut mener à des accusations distinctes qui s'ajoutent au dossier initial.
Ce risque existe même en l'absence de toute condition écrite l'interdisant explicitement. S'il y a une ordonnance ou une condition de non-contact en vigueur, communiquer indirectement (par un tiers, un message ou les réseaux sociaux) est traité de la même façon qu'un contact direct.
Ne pas respecter les conditions de remise en liberté
Les conditions imposées lors d'une remise en liberté — couvre-feu, interdiction de contact, obligation de résider à une adresse précise, interdiction de consommer de l'alcool, obligation de se présenter à un poste de police à intervalles réguliers — ne sont pas de simples recommandations. Le défaut de s'y conformer constitue une infraction distincte, prévue à l'article 145 du Code criminel, en plus de mettre en péril la remise en liberté elle-même.
Un manquement, même perçu comme mineur par la personne visée, peut mener à une nouvelle arrestation, à une nouvelle comparution et, dans certains cas, à une détention en attendant qu'une nouvelle décision soit rendue sur la remise en liberté. Si une condition devient difficile à respecter, la bonne démarche est d'en discuter avec un avocat pour évaluer les options, plutôt que de simplement l'ignorer en espérant que personne ne le remarque.
Publier sur les réseaux sociaux ou en discuter en ligne
Les réseaux sociaux donnent l'impression d'un espace privé, mais dans le cadre d'un dossier criminel, ils ne le sont pas. Une publication, un commentaire ou même un message privé peut être récupéré, imprimé et déposé en preuve, qu'il s'agisse d'un commentaire sur les événements, d'une photo prise au mauvais moment ou d'un échange avec une personne visée par une condition de non-contact.
Supprimer une publication après coup ne fait pas disparaître le problème : une copie peut déjà exister ailleurs, et le geste lui-même peut soulever des questions. La prudence la plus simple consiste à éviter de discuter du dossier en ligne, publiquement ou en privé, tant qu'il demeure actif — y compris dans des groupes fermés ou des conversations que l'on croit à l'abri des regards.
Manquer une date de cour ou une comparution
Une date de cour manquée, même par oubli ou par manque de renseignements sur l'endroit exact où se présenter, entraîne rarement une simple remise. Le défaut de comparaître constitue lui-même une infraction, prévue à l'article 145 du Code criminel, et peut mener à l'émission d'un mandat d'arrestation.
Si une date est incertaine, si une convocation semble contradictoire ou si un empêchement sérieux survient, la démarche à privilégier est de vérifier rapidement — auprès du palais de justice ou d'un avocat — plutôt que de simplement ne pas se présenter en espérant que la situation se règle d'elle-même.
Attendre trop longtemps avant de consulter un avocat
Beaucoup de personnes attendent que le dossier « avance » avant de consulter, croyant qu'il est trop tôt tant qu'aucune date de procès n'est fixée. C'est pourtant dans les premières semaines que les témoins se souviennent le mieux des événements, que la preuve est la plus facile à obtenir et que les options de négociation sont les plus nombreuses. Plus le temps passe, plus certains éléments risquent de s'effriter ou de devenir plus difficiles à établir avec précision.
Consulter un avocat spécialisé en droit criminel à Québec tôt dans le processus ne signifie pas nécessairement retenir ses services immédiatement : cela permet surtout de comprendre ce qui est en jeu, ce qu'il faut éviter de faire d'ici la prochaine étape, et comment se préparer plutôt que de simplement subir les événements.
En résumé
Aucune de ces erreurs n'est irréversible en soi, mais chacune peut compliquer un dossier qui, autrement, aurait pu être mieux défendu. Le fil conducteur est simple : éviter d'agir seul, sous le coup de l'émotion, sans avoir d'abord pris le temps de comprendre les conséquences d'un geste — que ce soit parler, contacter quelqu'un, publier en ligne ou laisser passer une date importante. Dans le doute, la question à se poser avant d'agir reste toujours la même : est-ce que je devrais d'abord en parler à un avocat?
Ce texte est de l'information juridique générale et ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : consultez un avocat pour votre dossier.