Title: Qu’est-ce qu’un délit d’initié au Québec? Description: Comprenez le délit d’initié: utilisation d’information privilégiée, règles applicables et sanctions prévues au Canada et au Québec.

Qu’est-ce qu’un délit d’initié?

Qu’est-ce qu’un délit d’initié?

Le délit d’initié est une infraction financière grave qui se produit lorsqu’une personne utilise des renseignements confidentiels et non publics pour acheter ou vendre des titres (actions, obligations, options, etc.) dans le but d’en tirer un profit ou d’éviter une perte.

Au Québec, cette pratique est interdite par la Loi sur les valeurs mobilières et constitue également une infraction criminelle en vertu du Code criminel du Canada. Elle nuit à la confiance du public dans les marchés financiers, car elle donne un avantage injuste à certains investisseurs au détriment des autres.


La définition légale du délit d’initié

Selon l’article 187 de la Loi sur les valeurs mobilières (RLRQ, c. V-1.1), commet un délit d’initié toute personne qui :

« utilise de l’information privilégiée, obtenue dans l’exercice de ses fonctions ou par une relation particulière avec un émetteur, pour effectuer une opération sur un titre avant que cette information ne soit rendue publique. »

En termes simples, il s’agit d’exploiter une information non encore connue du public pour tirer un avantage financier.


Qu’est-ce qu’une “information privilégiée”?

Une information privilégiée est une donnée importante et confidentielle qui, si elle devenait publique, pourrait influencer le cours d’un titre. Exemples :

  • Une fusion ou acquisition d’entreprise imminente;

  • La découverte d’une fraude comptable ou d’un scandale interne;

  • L’annonce de résultats financiers exceptionnels (ou désastreux);

  • La démission d’un dirigeant clé;

  • Un changement réglementaire ou légal majeur touchant une société.

Tant que cette information n’est pas rendue publique, toute transaction fondée sur celle-ci est illégale.


Qui peut commettre un délit d’initié?

Le délit d’initié ne concerne pas seulement les dirigeants d’entreprise. Plusieurs catégories de personnes peuvent être tenues responsables :

  • Les administrateurs, dirigeants ou employés d’une société;

  • Les conseillers juridiques, comptables, analystes ou banquiers ayant accès à des informations confidentielles;

  • Les membres de la famille, amis ou proches à qui un initié transmet des renseignements confidentiels (on parle alors de délit d’initié par communication);

  • Toute personne qui reçoit et utilise une information obtenue illégalement.

Autrement dit, même une personne indirectement informée peut être coupable si elle profite sciemment d’une donnée privilégiée.


Les éléments essentiels de l’infraction

Pour qu’une personne soit reconnue coupable de délit d’initié, la poursuite doit prouver :

  1. Qu’elle possédait une information privilégiée non encore rendue publique;

  2. Qu’elle a effectué une transaction (achat ou vente) sur la base de cette information;

  3. Qu’elle savait ou aurait dû savoir que l’information était confidentielle.

L’intention de tirer profit ou d’éviter une perte financière est également un élément central de l’infraction.


Les sanctions prévues par la loi

Le délit d’initié est traité avec la plus grande sévérité, tant par les tribunaux criminels que par les autorités financières.

En vertu du Code criminel (article 382.1) :
  • Peine maximale de 14 ans d’emprisonnement;

  • Amendes pouvant atteindre 5 000 000 $ ou le triple du gain réalisé.

En vertu de la Loi sur les valeurs mobilières :
  • Amendes administratives imposées par l’Autorité des marchés financiers (AMF);

  • Interdiction d’exercer certaines fonctions dans le domaine financier;

  • Confiscation des profits illégalement obtenus;

  • Suspension ou révocation du droit de transiger sur les marchés.


Les conséquences d’une condamnation

Au-delà des sanctions pénales, une personne reconnue coupable de délit d’initié s’expose à :

  • Une perte de réputation professionnelle irréversible;

  • Des dommages civils réclamés par les investisseurs lésés;

  • L’impossibilité de travailler dans des secteurs réglementés (finance, droit, comptabilité, etc.);

  • Une surveillance accrue par les autorités financières.


Les moyens de défense possibles

Un avocat en droit criminel ou en droit des affaires peut contester une accusation de délit d’initié en soulevant différents arguments :

  • L’information utilisée n’était pas confidentielle ou déjà connue du public;

  • L’accusé ignorait que l’information était privilégiée;

  • La transaction avait une motivation légitime (ex. : plan d’investissement régulier);

  • L’absence de lien entre la possession de l’information et la décision d’achat ou de vente;

  • La preuve a été obtenue en violation des droits protégés par la Charte.

Chaque dossier doit être examiné en détail, notamment les communications électroniques, les courriels, les appels et les relevés de transactions.


Le rôle de l’Autorité des marchés financiers (AMF)

Au Québec, l’AMF joue un rôle central dans la détection et la poursuite des délits d’initié. Elle collabore avec la Gendarmerie royale du Canada (GRC), le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) et la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario (CVMO) pour enquêter sur les activités suspectes.

L’AMF peut :

  • Ouvrir une enquête administrative;

  • Geler les comptes bancaires ou les titres impliqués;

  • Imposer des amendes administratives;

  • Recommander des poursuites criminelles au Directeur des poursuites criminelles et pénales.


Conclusion

Le délit d’initié est une infraction grave qui mine la transparence et la confiance dans les marchés financiers. Utiliser ou partager une information privilégiée à des fins personnelles constitue une violation du droit pénal et du droit boursier, passible de peines d’emprisonnement et d’amendes considérables.

Si vous êtes visé par une enquête ou accusé d’un délit d’initié, consultez immédiatement un avocat en droit criminel ou en droit des valeurs mobilières. Un avocat expérimenté pourra analyser la preuve, vérifier la légalité de la collecte d’informations et protéger vos droits tout au long du processus.


Pour en savoir plus sur la manière dont ces dossiers sont généralement traités, consultez nos pages sur les voies de fait et les agressions sexuelles.

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